30 octobre 2011

le sable passe

1500_ete2011

Cet été, sur la plage, un petit garçon s’est écrié à sa mère : « On n’a pas mis de crème (solaire) à Audrey !! ». Je me suis dit : « Tiens , une phrase que je n’aurai jamais entendu, petite fille ! ». On nous laissait gentiment cramer au soleil, avec nos pelles, nos seaux et juste un bob contre les insolations. Après je me suis rajouté en pensée : « Il faudrait que je fasse une liste de tout ce qui a changé depuis que je suis petite ». Pas parce que j’ai peur d’oublier, mais parce que ça paraît énorme, en y réfléchissant, le virage qu'ont pris certaines habitudes. Mon grand-père me disait qu’il avait l’impression d’être né au moyen age. Quand je lisais ses souvenirs d’enfance, je comprenais pourquoi. Il y racontait par exemple, que les filles devaient porter des coiffes pour cacher leurs cheveux et que si une mèche s’échappait, les enfants se moquaient en criant « Hou, la mèche !!! Hou, la mèche... ».
Je n’ai pas l’impression d’être né au moyen-age ou à une autre époque, j’ai juste l’impression que certaines choses se sont renversées. Je ne parle pas des évolutions techniques ou des inventions révolutionnaires, comme internet, je parle juste de règles de vie...
Je suis née en 1965 et lorsque j’étais petite :
Les parents pouvaient fumer en tenant leurs bébés dans les bras ou bien encore dans la voiture avec les enfants présents, sans même se poser de questions.
De toute façon, les gens fumaient partout sans se poser de questions.
Dans le chapitre tabac, la caravane du tour de France passait en jetant des mini-paquets de cigarettes aux spectateurs. C’est comme ça que j’ai goûté ma première cigarette…
En voiture, il n’y avait pas de ceintures de sécurité, pas de sièges bébé ou de réhausseurs. Lorsque les enfants s’asseyaient devant, les parents tendaient leurs bras à droite quand ils freinaient, pour les retenir…
La vitesse était limitée à 100km/h, il me semble et les lignes « blanches » étaient « jaunes ».
On faisait des débats ou des rédactions à l’école « pour ou contre la peine de mort » ou « pour ou contre les supermarchés ».
On allait en classe de neige, en CM2, un mois entier.
On allait à l'école à pied, seuls, sans parents, très jeunes, même si c'était loin, avec juste comme  recommandations de ne pas parler aux étrangers.
A la cantine, on mangeait parfois de la langue de bœuf ou de la cervelle et on devait finir son assiette. Y'avait pas de semaine du goût.
Les caddies de supermarchés n’avaient pas de pièces-consignes, et on les laissait n’importe où sur les parkings. Lorsqu’on arrivait il fallait souvent en déplacer pour pouvoir se garer.
Dans certains magasins, il y avait un système de consigne pour les bouteilles en verre vides. C'est-à-dire qu’on vous donnait de l’argent quand on les rapportait.
On ne parlait pas de bio, à la rigueur d'écologie ou de retour à la nature.
On jetait les papiers de bonbons et les paquets de cigarettes vides n’importe où,  par les fenêtres des voitures, les sacs plastiques de picnics pareil, n’importe où dans la nature (enfin pas dans notre famille, non non, maman ne supportait pas ça).
Bon, j'en oublie c'est certain.  Je ne dis pas que c'était mieux ou moins bien, juste, tellement différent...

1501_ete2011

Sab

 

Posté par NeoManosco à 17:59 - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : ,


Commentaires sur le sable passe

    Oh oui c'était tellement différent (et ça le sera encore tellement!)Merci Sabine pour ce billet et ces photos, pour ce billet avec ces photos

    Posté par Sophie, 30 octobre 2011 à 22:47 | | Répondre
  • Je me souviens....

    ....c'est amusant, ce que tu dis. Moi qui suis infiniment moins jeune que toi, je pourrais largement être ta mère, je me dis souvent que les gens de ma génération ont vu plus de changements qu'il n'y en avait eu pendant les deux siècles précédents.

    Quand je suis née, le hameau où vivait ma grand mère n'avait pas encore été raccordé à l'électricité, c'est donc à la lumière approximative d'une lampe à pétrole que j'ai pointé le nez.... La sage femme est revenue le lendemain pour recoudre ma mère.... je te laisse imaginer la souffrance qu'elle a endurée.

    J'ai vécu dans un village où seuls le médecin et un industriel possédaient une voiture. Ma mère repassait avec des fers en fonte qu'on chauffait sur la cuisinière à bois, même l'été, bien évidemment. Le premier fer électrique qu'elle a acheté fut un événement plus important à nos yeux que les premiers pas de l'homme sur la lune.

    Et maintenant, je me promère sur internet, j'ai un téléphone portable, et ça me plait. Aucune nostalgie chez moi, la vie était trop dure, en ce temps là, pour les gens modestes.

    Posté par Julie des hauts, 31 octobre 2011 à 09:17 | | Répondre
  • C'est vrai que c'est étonnant cet écart , énorme quand même ... J'ai projeté à mes élèves de ciné (des 15 ans) , des pubs des années 60 qui vantent les bienfaits de la cigarette : éberlués ! mais ils ont finalement trouvé que le système pour vendre des trucs était le même malgré l'emballage différent ... !
    sinon, 5 ans plus tard, la classe de mer et de neige avait perdu une semaine - mais c'était génial !

    Posté par madame alfred, 31 octobre 2011 à 20:50 | | Répondre
  • C'est une bonne idée ce jeu des différences. Et ça montre que ce n'était pas toujours mieux avant.

    Posté par la Mère Castor, 01 novembre 2011 à 19:37 | | Répondre
  • Tout a fait d' accord avec ton article ... Nous en parlions en famille il y a peu de temps avec comme point de départ la comparaison de l alimentation de ma petite fille avec celle de sa maman . Encore un peu et elle me fera un procés !
    " quoi ? Je dormais dans la voiture , pas sanglée? " " quoi? Tu mettais du sucre dans mes desserts et mon frère encore bébé testait le gâteau d' anniversaire de gran'mamie ?

    Posté par Véron, 14 novembre 2011 à 16:43 | | Répondre
  • Je me souviens...

    Dans les années 50 à Manosque : les platanes étaient élagués et les branchages étaient distribués aux écoles. Cela servait à allumer le poële dans chaque salle de classe. C'était les enfants qui le faisaient à tour de rôle chaque matin. A la récréation de l'après-midi, on nous obligeait à boire un verre de lait chaud.

    Posté par jackie, 04 décembre 2011 à 11:44 | | Répondre
  • Quel magnifique commentaire que celui de Jackie...On aimerait écouter la suite...

    Posté par Sophie, 07 décembre 2011 à 07:31 | | Répondre
  • Merci Sophie. Suite: à la fin de l'année scolaire, les travaux des élèves étaient exposés et lors de la fête des écoles, à laquelle assistait la municipalité, les mères méritantes étaient récompensées (familles nombreuses, veuves). La rentrée se faisait le 1er Octobre et le Jeudi était notre jour de liberté. A l'école maternelle, filles et garçons étaient dans la même école. Ensuite, du CP au CM2, nous étions séparés : Bd des Tilleuls, il y avait l'école maternelle et l'école des filles. A l'emplacement du lycée, l'école des garçons était accessible par une impasse débouchant sur le Bd des Tilleuls. Lors de la guerre d'Algérie, lorsqu'un soldat mourrait, toutes les écoles fermaient et tous les enfants suivaient le cortège interminable. La leçon de morale débutait la journée. Nous avions une institutrice qui nous racontait la vie pendant la guerre et la résistance dans les montagnes. Nos premières rédactions avaient le "défaut" d'utiliser des mots de notre langue provençale : escagassé, espaloufi.... Nos aieux étaient punis s'ils parlaient provençal à l'école (coups de baguette sur les doigts par exemple)...A bientôt, si vous en manifestez le désir. Cordialement

    Posté par Jackie, 08 décembre 2011 à 08:33 | | Répondre
  • J'aime tout ce que vous racontez ici et n'ai envie de rien ajouter. Merci mesdames.

    Posté par sabine, 12 décembre 2011 à 00:34 | | Répondre
Nouveau commentaire